Paper cut-out / Papier découpé / 2008 – 2014


(FRANCAIS CI BAS)  Place, as a site where anything is possible, is a part of the work of Gabriel Jones. In parallel with his photographic work, the series “Disputed Area” offers a different approach where the materiality of the object takes on a new meaning.

Every map of a major State – whose choice is not a matter of chance – is precisely and irreversibly cut up. All the names enabling the identification of the actual place, and all its topographical references are systematically removed, precisely carved out with a cutter. Each “Disputed Area” then becomes a lace-patterned paper in accordance with the density of such clues, which were present on this map; becoming more or less evanescent, more or less fragile, as a result of the disappearance of the words that made it up. The printed object corresponds exactly to its precise cut-out. Hence a puzzle is built up in reverse: each piece is progressively removed from the whole until the image’s original unity disappears. The removed elements are lost, abolished, destroyed. The words insofar as providers of information cannot be reinstated, so one now has to do without them. The action belongs to the sculptor. By so puncturing, slicing through the paper, the artist confronts the actual material, it’s capacity to resist and to be altered. In acting on its physical properties, he transforms the surface into a responsive object and transforms the image into a paper pattern. The spectator can see more into this, something else, something deeper perhaps.

The places represented by each of these “Disputed Areas” are not neutral. They are literally “claiming zones”, forming a political knot of inexpressible history. As conflict zones, these regions lack recognition: they belong to no nation since they are claimed by all; they focus on the tension between men. Similarly to the distance that lies between two magnets rejecting each other, these zones are void of identity and pile up opposition. This impossible sharing of the earth affirms itself by its fundamental indecision and we are witnesses to their recurring ambivalence, emphasized by the disappearance of tangible words. By being transfigured thus, the map’s function as a tool that promotes negotiable possibilities becomes obsolete, and it is thrown into a meaningless world of endless labyrinths.

As a fixed image, the map establishes the knowledge of men at any given moment. It is the result of past circumstances, and presents the current state of affairs. Even if the physical world is globally recognized, the history of humanity remains full of questions and uncertainties. Regardless of whether maps be ancient or contemporary, these “Disputed Areas” inscribe themselves in the flux of history and make up a fixed reference point – albeit open to question – in a timeline that is perpetually moving.

As an intrinsic vector of identity, a name is what identifies a place, an object, an individual. Without a name, no relationship is possible, no reference in time or space. Naming allows knowledge and without a word to name it, an identity is lost. It remains to be seen if this loss, beyond being missed, can become an advantage if it allows a glimpse of new perspectives. In other words, without this recognition of place, we may be able to imagine and grant a whole world of infinite possibilities. Text by Claire Taillandier (translation by Georgina Turner)


Le lieu comme champ de tous les possibles est une des composantes du travail de Gabriel Jones. En parallèle de son travail photographique, la série des « Disputed Area » offre une approche différente où la matérialité de l’objet prend ici une ampleur nouvelle.

Chaque carte d’état-major – dont le choix ne relève pas du hasard – subit un découpage précis et irrémédiable. Tous les noms permettant d’identifier le lieu même, toutes les indications topographiques sont systématiquement ôtées, précisément découpés au cutter. Selon la densité des indices présents sur le support, chaque « Disputed Area » devient alors une dentelle de papier plus ou moins évanescente, plus ou moins fragilisée par la disparition des mots qui la constituait. À l’exactitude de la chose imprimée répond la précision de la découpe. Le puzzle se construit ainsi à rebours : progressivement, chaque pièce est ôtée de l’ensemble et l’unité originelle disparaît de façon définitive. Ce qui est enlevé est perdu, anéanti, détruit. Les mots en tant qu’informations ne pourront pas être retrouvés et il va falloir maintenant faire sans. Le geste tient de celui du sculpteur. En perçant, transperçant le support, l’artiste s’affronte à sa matérialité même, à ses capacités de résistance et d’altération. Agissant sur ses composantes physiques, il transforme une surface en objet sensible. Ainsi modifiée, l’image devient relief de papier. Le regard peut voir au-delà, ailleurs, plus loin peut-être.

Les lieux représentés sur chacune des « Disputed Area » ne sont pas neutres. Littéralement « zones de revendication », elles forment un nœud politique et historique inextricable. Zones de conflit, ces régions sont en mal de reconnaissance : n’appartenant à aucune nation puisque réclamées par toutes, elles focalisent les tensions entre les hommes. Comme l’espace entre deux aimants qui se repoussent, elles sont vides d’identité et emplies d’oppositions. Cet impossible partage de la terre se concrétise par une indécision nominative et l’on assiste à une ambivalence récurrente, accentuée ici par la disparition tangible des mots. Ainsi transfigurée, la carte-outil point d’appui d’éventuelles négociations devient obsolète et bascule dans le monde insaisissable des labyrinthes sans fin.

Image fixe, la carte établit la connaissance des hommes à un instant donné. Résultat des circonvolutions du passé, elle donne à voir l’état actuel des choses. Autant le monde physique peut être considéré comme globalement connu, autant l’Histoire de l’humanité recèle d’interrogations et d’incertitudes. Cartes anciennes ou contemporaines, les « Disputed Area » s’inscrivent dans le flux de l’Histoire et constituent un point de repère fixe – bien que sujet à caution – sur une ligne du temps en perpétuel mouvement.

Vecteur intrinsèque de l’identité de chacun, le nom est ce qui définit le lieu, l’objet, l’individu. Sans nom, pas de filiation possible, pas de repère ni dans le temps ni dans l’espace. De la nomination découle la connaissance et en l’absence de mot pour nommer, l’identité se perd. Reste à savoir si la perte, au-delà du manque, devient un gain si elle permet d’entrevoir de nouvelles perspectives. Autrement dit, à défaut de reconnaître les lieux, il nous reste à les imaginer et à doter ainsi le monde de possibilités infinies.

Texte: Claire Taillandier

PAPER CUT-OUT / DISPUTED AREA

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